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Entrée en Carême

Afin de se préparer à entrer dans le temps du Carême, notre communauté du séminaire s’est retirée pour un temps de récollection chez les bénédictines d’Urt. Monsieur l’abbé Décha, curé de la paroisse St Jean l’Evangéliste – Anglet, nous a prêché la récollection sur le thème du Mystère Pascal à la lumière des Psaumes. Nous l’en remercions, de mêmes que les sœurs du monastère sainte Scholastique pour leur accueil.

Nous souhaitons à chacun un saint temps de Carême. A cette occasion, nous vous proposons une riche méditation de notre recteur, monsieur l’abbé Beitia, sur les origines et le sens du Carême :

Très tôt, le carême a pris la forme d’une préparation pénitentielle à la mort et à la résurrection du Seigneur. Le Christ n’ayant pas séparé, dans son enseignement le jeûne, l’aumône et la prière, les Pères de l’Église rappelaient avec insistance son message comme en témoignent bon nombre de leurs sermons. Le jeûne – qui en était venu à couvrir tous les jours du carême excepté le Dimanche – a été accompagné de réunions de prière à l’écoute de la Parole de Dieu.

Lors du IVe siècle, le catéchuménat a reçu une organisation ferme. Il durait deux ou trois ans. Les catéchumènes revenaient de loin. Ils avaient pratiqué l’idolâtrie – comprise comme un culte rendu aux démons : les dieux des nations sont des démons  porte une version latine du psaume 95, 5. Leur vie avait pu être marquée par la fornication, l’adultère, la luxure, l’avarice, la perfidie, la délation voire le meurtre. L’évêque d’Avila, Priscillien, à la fin du IVe siècle confesse que lui et ses compagnons ont fait toutes les expériences de la vie avant de parvenir à la foi et d’être baptisés. Il fallait donc du temps pour transformer des mentalités et des vies et aussi pour approfondir le mystère du Christ.

Une autre catégorie de personnes, dans l’Antiquité chrétienne, étaient appelés à se convertir : c’étaient les pénitents publics. Ce sont des baptisés qui ont commis des péchés particulièrement graves comme l’idolâtrie, l’adultère ou le meurtre. Faire pénitence demande un temps plus ou moins long durant lequel les pénitents étaient écartés de la communion et devaient se livrer à des pratiques de mortification. Les Pères soulignent l’importance de la prière de la communauté pour eux.

Le carême va offrir un cadre approprié pour l’ultime préparation des catéchumènes au baptême lors de la veillée pascale ainsi qu’à la réconciliation des pécheurs publics. Il était aussi un temps de préparation spirituelle pour toute la communauté chrétienne. Dès le temps de saint Augustin, le carême possédait les traits qu’il devait conserver par la suite : temps de jeûne, de partage et de prière pour tout le peuple chrétien, de préparation au baptême pour les catéchumènes et de préparation à la réconciliation pour les pénitents.

Au VIe siècle, on voulut assurer quarante jours de jeûne effectif, le Dimanche échappant à cette pratique parce qu’on y célèbre toujours la résurrection du Christ. On fit donc commencer le carême le mercredi précédent. À Rome, tout le peuple se réunissait à Sainte Anastasie au pied du Palatin. Le pape ouvrait la célébration. On montait en procession sur l’Aventin pour la première messe du carême à Sainte Sabine. Lors de la procession, on chantait l’antienne suivante qui reprend Joël 2, 13 : Changeons de vêtement contre la cendre et le cilice ; jeûnons et pleurons devant le Seigneur car notre Dieu est plein de miséricorde pour pardonner nos péchés. Dans les pays rhénans, on voulut donner une expression liturgique au texte liturgique qui, à Rome, était pris au sens spirituel, en instituant le rite de l’imposition des cendres.

Ce rite, attesté dans l’Ancien Testament pour exprimer la pénitence et le deuil, les chrétiens des premiers siècles l’ont souvent adopté en privé. Il devint pour les pécheurs une manifestation publique de leur pénitence mais sans connotation liturgique. Il n’entrera dans la liturgie qu’à partir du XIIe siècle.

Certes, la liturgie des cendres qui inaugure le carême a un aspect austère. Les cendres manifestent à l’évidence la pénitence. L’une des formules d’imposition – Souviens – toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière  – en évoquant notre mort, nous font prendre conscience du sérieux de notre vie, nous invitant à une espèce de carpe diem  marqué par l’évangile. Car, dans l’au-delà de notre mort, il s’agira de rendre compte de la manière dont nous avons exercé notre responsabilité d’homme et de femme, compte-tenu de la grâce reçue.

Mais, également, une autre spiritualité se dégage des textes liturgiques de ce jour. Dans l’oraison de la messe, il est question de notre entraînement au combat spirituel – et pourquoi s’entraîne – t – on si ce n’est pour gagner la compétition. En nous appliquant à observer le carême, – demanderons – nous dans l’oraison de bénédiction des cendres – puissions – nous obtenir le pardon de nos péchés et vivre de la vie nouvelle à l’image de ton Fils Ressuscité.

Le temps de carême apparaît donc comme un temps au service de notre développement, de notre épanouissement spirituel suscité par notre conversion à l’évangile. Et pour cet épanouissement spirituel, l’église nous propose de grands moyens : la prière ; le jeûne et le partage.

La prière : l’Eglise, durant le carême, nous invite à prier davantage, certes. Mais elle nous invite à une prière plus intense, de plus grande qualité. Autrement dit non seulement à passer du temps à la prière, mais également à être plus attentif au Père qui est là présent dans le secret. Il n’est pas toujours agréable de prier. Lorsque nous prions longuement, le Seigneur nous donne une connaissance de nous-même, de notre fragilité, de notre péché, de nos ténèbres intérieures qui viennent briser notre narcissisme, notre contentement de nous – même et l’image idéalisée et fausse que nous présentons aux autres et dans laquelle nous nous complaisons. Il y a également dans la prière une prise de conscience de notre dignité d’enfants de Dieu. Thérèse d’Avila parle de manière poétique du chrétien habité par Dieu depuis son baptême : elle le qualifie de château rempli de splendeur et de beauté, de perle orientale, d’arbre de vie planté au milieu des eaux vives de la vie qui est Dieu. Cette conscience de notre pauvreté et de notre dignité nous invite à nous laisser refaire par Dieu dans la prière, à être dociles aux appels qu’il nous adresse, bref à le laisser inscrire dans notre mentalité et dans notre vie le visage de son Fils, à le laisser nous refaire à l’image de son fils par la grâce de son Esprit. Car, comme le note Tertullien, un Père de l’Église, à la suite de l’Evangile : Etre chrétien, c’est ressembler à Dieu.

Le jeûne et le partage. Lorsque on parle du jeûne, on évoque plutôt ce que l’Eglise appelle du nom générique d’abstinence, autrement dit des repas plus légers, des privations volontaires. Mais on peut jouer sur les mots : jeûner, c’est se gêner. C’est se gêner pour mettre un peu d’argent de côté pour des déshérités. C’est se gêner pour manifester davantage de fraternité envers des gens qui sont loin, que je ne connais pas. Le fait d’entrer dans cette démarche de l’abstinence au service de plus pauvres vivant au loin – ce qui, dans un certain sens est plutôt facile – engage aussi à manifester notre fraternité envers ceux qui sont proches – ce qui est plus difficile -. Ce, par la cordialité, par l’accueil des différences, par la patience, par l’humilité, par l’entraide, par le soutien, par le partage…

Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait lui qui fait lever son soleil sur les justes et les injustes – nous rappelle l’évangile -. Il s’agit qu’en nos vies on voie le Christ. Que notre prière manifeste notre attachement au Père du Ciel. Que nos actes fassent transparaître une limpidité du cœur, notre fraternité, notre souci des plus faibles, notre désir que le Christ soit connu, une vie plus marquée par l’évangile…

 

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